A C T U A L I T E    J A N V I E R /

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PLANTE INVASIVE, ESPÈCE ENVAHISSANTE, ÇA VEUT DIRE QUOI ?

Invasif déjà, c’est un anglicisme. « Ce mot n’existe pas dans la langue française. On dit envahissant. Dire invasif est péjoratif. Cela signifie qu’il faut chasser, tuer. C’est la guerre, argumente Gilles Clément, jardinier-paysagiste. C’est un emprunt idiot à la langue anglaise… Il faut davantage dire envahissant. De nombreuses plantes sont envahissantes, signes qu’elles sont contentes de vivre là ! »

Cultivée dans la région d’Ollioule dans le Var, La canne de Provence (Arundo donax) permet de fabriquer les meilleures anches de clarinette et de hautbois du monde entier. La ville en a fait sa spécialité depuis plus de 50 ans. En même temps, la plante est inscrite sur la liste noire des plantes envahissantes par le conservatoire botanique de Porquerolles. Une liste qui peut mener à une interdiction de plantation et d’usage. Après 2015, la plante disparaît de toute liste ! Autre fait : Pennisetum setaceum, une graminée ornementale cultivée dans les jardins est une plante hors la loi aujourd’hui. Elle est originaire d’Afrique où elle vit avec d’autres graminées comme Hyparrhenia hirta. Elles sont toutes deux des graminées pionnières qui se propagent sur les bords de route. L’une est interdite alors que l’autre est dite indigène donc considérée. Pennisetum setaceum n’a pourtant jamais cessé de migrer. Sa sensibilité au froid et à l’humidité ne lui ayant pas permis de s’établir comme la seconde. Il est pourtant naturalisé dans certaines régions.

Par ces exemples, Olivier Filippi, pépiniériste qui suit ces questions depuis des années, montre du doigt les conflits existant et l’incapacité à les dépasser. Lors de son intervention au colloque de Cerisy sur les brassages planétaires en août dernier, il déclarait «il n’existe pas de définition scientifique consensuelle sur l’appellation d’espèce envahissante. Mieux encore il en existe trois dominantes et opposées ! Celle de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) dit qu’une espèce exotique envahissante est une espèce dont l’introduction par l’homme, l’implantation et la propagation menacent les écosystèmes , les habitats, ou les espèces indigènes avec des conséquences écologiques ou économique ou sanitaires négatives. Toutes ont donc un impact négatif.

La définition est différente pour certains scientifiques, tel que David M. Richardson et son équipe qui considèrent une espèce exotique envahissante celle qui franchit différentes barrières (introduction puis naturalisation puis prolifération). En conséquente, à l’issue de ces étapes, seules certaines auront un impact négatif. Loïc Valéry, en 2008 va plus loin. Pour lui il n’y a pas de corrélation entre l’envahissement, le statut d’indigénat et l’impact. Les espèces qui ont un impact peuvent être indigènes ou exotiques. Il s’intéresse aux phénomènes écologiques qui font que l’espèce prolifère quel que soit son statut.

Olivier Filippi d’ajouter : « D’autres encore ont noté qu’il fallait davantage parler de population que d’espèces étant observé qu’au sein d’une même espèce, une population peut proliférer avec des impacts négatifs dans une zone donnée ; une autre population installée ailleurs peut être envahissante sans impact négatif, encore ailleurs une autre population être envahissante avec des impacts positifs et enfin dans une autre région une population ne sera pas envahissante. Cela change le regard. On ne peut plus dire qu’une espèce exotique envahissante doit systématiquement être éradiquée. Il convient de se pencher sur les intérêts ou impacts de l’espèce milieu par milieu. »
C’est le cas du Seneçon du Cap (Senecio inaequidens). Très riche en nectar, il attire, en dehors de la saison de floraison de la plupart des espèces méditerranéennes, de nombreux insectes dont des espèces utiles en agriculture biologique.

Pourquoi une seule définition a été retenue dans toutes les décisions ?, interroge Olivier Filippi« Toutes les définitions se tiennent mais là où ça coince c’est lorsque l’on fait semblant d’utiliser telle définition pour définir tel objet ». « On parle d’algue tueuse, de peste végétale… Exemple de Caulerpa taxifolia : l’algue en question a proliféré d’une manière spectaculaire. On a eu très peur puis d’un seul coup cette algue a décliné. Elle n’a plus fait les titres des journaux. On s’est intéressé à une autre espèce au sommet de son expansion… On bondit comme cela de crête en crête et on crée un langage anxiogène. » Personne, au moment du sommet de la crise n’est audible sur le fait que l’on ne sait pas encore si telle espèce va avoir une incidence majeure.

« Résultat on a créé un contexte anxiogène qui fait que les politiques et le public sont prêts à recevoir un message lequel est erroné. Cela a été démonté par les meilleurs spécialistes des invasions biologiques. Il est quasiment impossible de mesurer réellement les impacts tant les interactions sont complexes. » Selon Olivier Filippi, qu’à cela ne tienne, on remplace l’évaluation par un axiome universellement accepté tel que « les invasions biologiques sont la deuxième source d’extinction ». Cet axiome associé à la définition aboutit à une inversion des termes proposés dans la définition. Ainsi par définition, une invasive représente une menace. Il est alors possible de faire une loi.

La question est ailleurs selon le pépiniériste : « On fait semblant d’utiliser des arguments scientifiques pour propager une foi. » Quand on parle d’impact sur la santé, on cite des espèces exotiques envahissantes comme l’ambroisie et la grande Berce du Caucase, en oubliant que parmi les plantes indigènes il y en a beaucoup plus qui impacte la santé… le bouleau, l’euphorbe, le laurier rose.
Finalement la question à se poser n’est-elle pas : « qu’est ce qui est indigène, qu’est ce qui est exotique ? » conclut Olivier Filippi au regard en particulier des changements climatiques.


 

Japon: le "pin miraculé" du tsunami 

       Le seul pin de Rikuzentakata, une petite ville de la côte est du Japon, qui a survécu au tsunami géant de mars 2011, a été coupé pour être restauré comme symbole de la reconstruction de la ville martyre, a-t-on appris auprès de la municipalité.

Rikuzentakata, cité située dans la préfecture d'Iwate, à 410 kilomètres au nord de Tokyo, a perdu quelque 2.000 personnes dans la tragédie sur une population de 24.250 habitants et près de 3.400 habitations ont été détruites.

Jusqu'à aujourd'hui le "pin miraculé", haut de 27 mètres, se dresse seul le long de la côte car les 70.000 autres qui bordaient sur 2 kilomètres le littoral de la station balnéaire ont tous été arrachés et emportés par la violente vague qui a déferlé sur les côtes nord-est de l'archipel.

La municipalité s'est récemment aperçue que le pin était en train de mourir, ses racines pourrissant d'avoir été trop trempées dans l'eau de mer.

Pour le sauver il a été décidé de le couper en neuf sections et de traiter le tronc et les branches pour stopper la putréfaction. Coût estimé de l'opération: environ 150 millions de yen, l'équivalent de 1,9 million de dollars ou 1,5 million d'euros.

Une collecte avait été lancée sur Facebook.

Avant de respectueusement couper l'arbre, une cérémonie shintoiste a été organisée autour du tronc.

"L'opération à durée deux jours environ. Nous devons d'abord couper les branches qui pourront ensuite être remises sur le tronc", a indiqué à l'AFP un responsable de la municipalité, Shinya Kitajima.

Le tronc et les branches vont ensuite être évidées et traitées avant d'être réassemblés autour d'un support en fibre de carbone, a-t-il précisé.

 Le pin reconstitué se dresse à nouveau sur le littoral de la ville.