A C T U A L I T E     M A R S       2 0 1 9


 

Quelles alternatives au buis?

           Depuis des siècles le buis orne nos jardins, sous toutes les formes. Mais il est aujourd’hui décimé par un ravageur vorace, la pyrale du buis, et par des maladies telles que la cylindro- cladiose. Pouvons-nous le remplacer par d’autres espèces, et dans quelle mesure ?

 

Innovation

La myrsine africaine ressemble beaucoup au buis mais craint les fortes gelées. 

Les producteurs et paysagistes se posent la question du remplacement du buis depuis déjà plusieurs années. La situation devenant de plus en plus pré- occupante pour les jardins des domaines historiques, c’est aujourd’hui l’ensemble de la lière horticole qui cherche des so- lutions. Une étude « Save Buxus » initiée par Plante & Cité sur les bio-agresseurs du buis a été menée de 2014 à 2017. Elle permet de poser les bases scienti- ques de la recherche et d’avancer dans la lutte contre ces agressions phytosani- taires. Certains fabricants ont d’ailleurs déjà breveté différents traitements de biocontrôle et systèmes de piégeages.

Mais ces traitements préventifs ou cura- tifs n’assurent pas encore une protection satisfaisante de la plante.

Une seconde solution s’oriente vers le remplacement du buis par d’autres es- pèces d’arbustes persistants insensibles à ce type de parasitage et de champi- gnons pathogènes. Cette voie parallèle doit répondre à maints critères si l’on veut remplacer le buis par un végétal o rant des qualités similaires de mise en œuvre, d’adaptation aux di érents ter- rains et de gestion des cultures. L’aspect esthétique du rendu nal est également important.

 

 

C ibler les recherches

Une étude sur ces plantes de substitu- tion a reçu des nancements de Fran- ceAgrimer et de Val’hor pour commencer les recherches en 2014. Elle a été menée par le GIE* Fleurs et Plantes du Sud- Ouest, l’une des stations expérimentales de l’Institut Astredhor. Jean-Marc Deogra- tias, directeur technique et scienti que du pôle « diversi cation » du GIE, a ainsi pu rassembler une collection d’espèces à tester sur quatre ans.

L’objectif premier était de trouver des végétaux susceptibles de remplacer le buis, de façon générale pour les massifs, les haies, les topiaires et les bordures. La di culté résidait dans le choix d’espèces ayant sensiblement le même aspect. Une sélection d’une trentaine de taxons a ainsi été rassemblée et mise en conteneurs à la station expérimentale, comme une collection augmentant potentiellement la diversi cation possible. Leur compor- tement a été étudié en prenant comme taxons de référence quatre espèces et variétés de buis les plus employées dans les jardins.

 

 

Puis ces plantes ont été transférées en pleine terre pour répondre au deuxième objectif de l’étude, à savoir l’étude de la croissance, de la résistance aux différents sols et à la taille. Elles ont été réparties dans trois sites aux sols différents : l’un à dominante calcaire, le deuxième argilo-sableux avec peu de matière or- ganique et le troisième argilo-limoneux avec un taux élevé en matière organique. Quatre plants de chaque taxon ont été étudiés dans ces trois contextes, avec deux plants taillés et deux non taillés.

« Il nous fallait connaître la production de la masse foliaire, pour évaluer le volume de déchets de taille, car trouver une alternative au buis veut aussi dire s’appuyer sur le même type de gestion de l’entretien » explique Jean-Marc Deogratias. « Le buis est très adaptable, il accepte quasiment tous les sols, se taille une à deux fois par an en produisant une ramure fournie et bien verte mais les déchets sont peu volumineux. Trouver une alternative répondant aux mêmes critères s’avère compliqué, car souvent les végétaux proposés comme la meilleure solution poussent bien en conteneur mais ne résistent pas dans certains types de sol ou bien deviennent ingérables au niveau de l’entretien en prenant très rapidement du volume. »

 

 

D es résultats mitigés

Le recueil des données sur trois ans a permis ainsi de déterminer par exemple que les différentes variétés de houx crénelé (Ilex crenata), souvent indiquées en remplacement du buis, sont sensibles au stress hydrique et à la chaleur, sont attaquées par des cochenilles et acariens phytophages, et ne résistent pas en sol calcaire. Par contre, dans les autres types de sol qui restent frais, ces houx se tiennent bien et leur aspect s’apparente à celui du buis. Autre exemple, le pittospo- rum ‘Golf Ball’ conseillé dans les régions de climat doux serait en fait plus résistant au gel tout en restant moins rustique que le buis. De nombreux autres pittospo- rums nains sont ainsi sur les rangs pour remplacer le buis. En tenant compte du réchau ement climatique, ils pourraient être plantés sur une aire plus étendue que celle des régions méditerranéennes et littorales tempérées.

L’abélia supporte bien une taille annuelle tout en eurissant en été.

Le berberis nain, Berberis buxifolia ‘Nana’ dont le feuillage se rapproche énormé- ment de celui du buis, a par contre donné des résultats peu encourageants au regard du réchau ement climatique, puisqu’il n’a pas survécu aux périodes de sécheresse intenses de 2016 en sol calcaire. À l’inverse, le myrte supporte les sols calcaires et argileux, mais il reste gélif à -10°C et pro- duit une masse foliaire très importante qui demande davantage de tailles.

Le sersia (Sersia crenata), plusieurs pit- tosporums, le myrte, les berbéris nains, le laurier-cerise nain, plusieurs fusains japonais et le teucrium ont ainsi été testés. Il en ressort que chaque espèce o re une possibilité de remplacer le buis quand les conditions optimales de culture selon ses besoins sont réunies. La question se pose donc aujourd’hui de savoir si les paysagistes opteront pour des cultures adaptées à chaque région et chaque ter- roir, quitte à modi er l’aspect nal de la création en fonction du style de plantes à privilégier. Cette question s’annonce di cile à résoudre, par exemple dans les jardins historiques où le buis a servi le plan classique des bordures, topiaires et broderies pendant des siècles. Un renou- veau des styles et des conceptions sera peut-être l’une des prochaines orienta- tions à mettre en œuvre.

 

 

 

 

 

D es solutions sur-mesure

Cependant, il est également possible de trouver au cas par cas des solutions parfaitement adaptées. Ainsi pour la recréation des jardins du château de Chambord, le choix s’est porté sur le fu- sain nain, Euonymus microphyllus, pour les bordures. Dans le potager du château du Grand Daubeuf, en Seine-Mari- time, des bordures de pittosporum ainsi que des tables végétales en houx crénelé sont testées depuis deux ans et se main- tiennent remarquablement. Au Salon du Végétal de juin dernier, une mutation de Pittosporum tenuifolium ‘Golf Ball’ a été présentée : poussant naturellement en boule sur 80 cm de haut, ‘Golden Ball’ constitue une alternative aux boules de buis. Les pépinières Ripaud travaillent aussi sur un choix de plantes à proposer aux paysagistes, pour remplacer le buis boule, comme par exemple le myrte de la variété ‘Microphylla’, le leptospermum (L. lanigerum ‘Silver Sheen’), l’osmanthe burkwoodii, le lonicera arbustif ‘Tidy Tips, ou la myrsine africaine (M. africana ‘Carpe Myrtle’).

Beaucoup de pittosporums peuvent remplacer le buis en climat méditerranéen.

 

Plusieurs parcelles de tests ont été effectuées dans différents sols avec les mêmes espèces pour l’étude Astredhor.

« Les nouvelles obtentions sont nom- breuses » rappelle Jean-Marc Deogra- tias, « cela laisse espérer que l’on réussisse bientôt à répondre aux diverses demandes, mais il faudra continuer à e ectuer des tests en situation réelle et dans des condi- tions différentes pour trouver les meilleures solutions. » La continuité de l’étude est d’ailleurs en projet, initiée par Plante & Cité sur la base des résultats obtenus par Astredhor.

Maxime Guérin, chargée d’études à Plante & Cité, précise que l’objectif prio- ritaire en sera les alternatives au buis de bordure : « Nous avons lancé l’été dernier une enquête pour évaluer les besoins en végétaux de remplacement selon les différentes situations. Pour les haies et les topiaires, l’if et le charme sont déjà utilisés traditionnellement depuis longtemps. Ils sont les alternatives les plus indiquées. Le résultat de l’enquête indique clairement que le cas le plus critique concerne le buis de bordure. Nous souhaitons travailler sur ce sujet, quand nous aurons trouvé les nan- cements, pour apporter des réponses en ayant la connaissance des taux de rusticité, des parasites éventuels et de la sensibilité des différents taxons aux conditions de sol dans le cas très précis d’une gestion en bordure. »

 

Trouver des alternatives au buis demande donc encore un travail de re- cherches conséquent si l’on veut appor- ter des solutions adaptées aux différents contextes rencontrés sur le territoire, ainsi qu’au changement climatique.